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Le préfet Lamy a mis carte sur table, vendredi dernier, en dévoilant son schéma départemental d’intercommunalité. Comme la loi les y oblige, plus aucune commune ne pourra être isolée au 1er janvier 2012. Ce qui vaut pour tous, vaut également pour les cinq villes de l’ouest : Cannes, Le Cannet, Mandelieu Mougins et Théoule-sur-Mer, qui faisaient toujours bande à part. Le représentant de l’État a tranché et voit dans son ébauche de regroupement six grands pôles sur le département. À l’ouest, ce sera Cannes - Grasse.
Une vision au nom de la « rationalité et de la simplification administrative » qui est loin de faire consensus à l’échelle du bassin cannois. Quelle est la perception pour les élus locaux concernés, de cette décision préfectorale ? Certains la remettent déjà en cause. Trop élargie pour les uns, pas assez ambitieuse pour les autres. À commencer par le député maire de Cannes, Bernard Brochand, qui monte au créneau pour défendre « son » projet Cannes Grasse Antibes (lire interview ci-contre).
Le Cannet, Mougins, Mandelieu : interco a minima
Les voeux du parlementaire n’ont pas été retenus par le préfet qui juge « une grande communauté d’agglo à l’ouest prématurée. » Le maire de Cannes se heurte aussi au refus de l’Antibois Jean Leonetti de créer une intercommunalité à cette échelle, en l’état actuel des choses.
Dans le bassin cannois l’alliance Le Cannet, Mandelieu, Mougins avance également ses pions. Michèle Tabarot, Henri Leroy et Richard Galy n’ont jamais caché leurs affinités et parlent d’une quasi même voix pour définir une communauté d’agglo à taille réduite. Mais pas définitive pour autant. « Nous suggérons, dans un premier temps, de constituer une communauté d’agglomération entre Le Cannet, Mandelieu-la-Napoule, Mougins, Théoule-sur-Mer et Cannes. Nos communes travaillent, d’ailleurs, déjà ensemble dans plusieurs projets majeurs : assainissement, traitement des déchets et transports. La vocation, à terme, sera de rejoindre le pôle grassois », annonce la députée-maire du Cannet. Une vision à laquelle adhère, sans surprise, Henri Leroy, maire de Mandelieu qui, lui, voit plus loin : « Il faut faire cette intercommunalité en plusieurs étapes. D’abord le regroupement des cinq communes. Une phase qui permettra d’apprendre à travailler ensemble, en bonne intelligence et de gommer les difficultés. Ensuite rejoindre Grasse pour plus tard se rallier à Antibes et former un pôle métropolitain compétitif. »
Confirmation de Richard Galy, maire de Mougins : « Avec Antibes, aujourd’hui, c’est irréalisable. Il faut garder les pieds sur terre, étudier les possibilités en un ou deux temps et voir où est l’intérêt des Mouginois. »
Les trois défendront ce projet commun lors des réunions de commission départementale de coopération intercommunale (CDCI) prévues jusqu’à fin décembre et qui entérineront les périmètres.
André Aschieri ne veut pas de mariages forcés
Quid des autres communes du bassin ? À Théoule-sur-Mer, Daniel Mansanti, le maire, se dit « déçu ». Le territoire défini par le préfet est pour lui encore trop « étriqué. Une intercommunalité sert aux économies d’échelles et à la mutualisation des moyens d’une part. À acquérir une plus grande dimension économique d’autre part. Avec le schéma Cannes - Grasse, on est loin du compte. »
L’opposition est plus farouche et diamétralement opposée de la part d’André Aschieri, maire de Mouans- Sartoux qui fustige le principe même de ces intercommunalités élargies : « Avec ou sans Antibes, ce mouvement brutal qui organise des mariages forcés va éloigner les lieux de décision des habitants. Le droit des communes est en miettes. Il s’agit d’une recentralisation du pouvoir au détriment des élus locaux et des populations. »
A contrario, le maire de la petite commune de La Roquette se dit plutôt favorable au découpage du préfet : « C’est vrai qu’avec Antibes, nous aurions plus de moyens mais ils ont déjà une intercommunalité qui fonctionne bien. Le projet du préfet me paraît cohérent et je pense qu’il y aura une meilleure écoute des petites communes car elles seront plus nombreuses que les grandes et le jeu des alliances leur donnera du poids. Le maire de la plus grande ville ne pourra pas faire ce qu’il veut. »
On ne peut toutefois pas s’empêcher - même si tous s’en défendent - de voir dans les différents projets un fond de stratégies politiques. La perspective des municipales de 2014 n’y serait pas étrangère, pour préparer le terrain. Et expliquerait bien des regroupements.

Questions à Bernard Brochand, Député Maire de Cannes
Le maire de Cannes n’en démord pas, l’intercommunalité doit être large, étendue sur un vaste territoire. Pas question d’adhérer à un projet étriqué, comme ceux qu’il a toujours refusés avec comme seul horizon, les communes limitrophes du bassin cannois où l’observent d’ailleurs ses meilleurs ennemis Henri Leroy à Mandelieu ou Michèle Tabarot au Cannet.
Vous allez présenter une proposition différente au préfet et aux autres maires, laquelle ?
Je souhaite une grande agglomération des bassins de vie de Cannes, Grasse et Antibes. Cela représente 432 000 habitants répartis du nord au sud dans 54 communes. C’est un périmètre qui ne diffère de celui proposé par la préfet que par l’intégration supplémentaire de la communauté d’agglo d’Antibes Sophia-Antipolis. Car il nous faut trois pôles importants. Sans Antibes, les moyens seront insuffisants.
Le député maire d’Antibes, Jean Léonetti, refuse votre idée...
Je suis pourtant prêt à lui laisser la présidence de cette intercommunalité et je crois qu’il a tort de ne pas avoir la même ambition que moi pour son territoire.
Quelle est cette ambition ?
Si on met toutes ces communes ensemble, on a un potentiel de développement économique très important. Entre le tourisme, l’industrie du parfum, les hautes technologies et le nautisme, on peut bâtir un espace stable, cohérent, basé sur la croissance et la compétitivité. Et l’argent apporté par les trois grosses communes profitera au moyen et haut pays pour un développement agricole, touristique ou forestier par exemple. Ils pourront aussi développer les services publics. Cette intercommunalité là, extraordinairement complémentaire, donnera plus de chances à chacun.
Pensez-vous pouvoir changer le périmètre défini par le Préfet ?
D’ici la fin de l’année, nous irons voir tous les maires un par un et nous tenterons de les rallier à notre proposition.
Les antagonismes récurrents avec les maires de Mandelieu et Le Cannet vont-ils persister ?
Diluées dans une grand intercommunalité, les petites querelles auront beaucoup moins d’impact.
Questions à Jean-Pierre Leleux : "l’intercommunalité Cannes-Grasse-Antibes est inéluctable"
Sénateur Maire de Grasse et Président de Pôle Azur Provence, Jean-Pierre Leleux se plait à rappeler que, depuis plus de dix ans, il a toujours caressé l’idée d’une intercommunalité regroupant les territoires de Grasse, Cannes et Antibes avec leur pays respectif.
"Chaque fois que l’on m’a posé la question, j’ai réitéré ce voeu clair d’adapter la loi sur l’intercommunalité à son esprit qui est de travailler ensemble sur un territoire cohérent quant aus grands enjeux économiques, des transports, des déchets, etc (...) Le projet du préfet ne correspond pas à ce que je préconise mais, reconnaît-il, il a consulté de façon très approfondie partenaires et élus et la synthèse qu’il en a retirée est à la limite meilleure que celle que chacun d’entre nous aurait pu réaliser. Son idée au demeurant n’est pas absurde, même si j’aurais préféré, tout comme Bernard Brochand avec lequel je suis en parfaite symbiose, un glissement vers Antibes. Mais les choses peuvent encore évoluer et je suis convaincu qu’à terme, l’intercommunalité que nous privilégions est inéluctable. Je vais donc poursuivre la plaidoirie de la cohérence Cannes-Grasse-Antibes. Dans l’immédiat, j’ai souhaité réunir une commission plénière du conseil municipal qui sera chargée d’entériner un avis sur lequel nous délibèrerons en conseil".
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