Allocution de
Monsieur Bernard BROCHAND
Maire de Cannes
Député des Alpes Maritimes
à l’occasion de la cérémonie des voeux aux Cannois
Samedi 10 Janvier 2009 à 11 heures
Salon des Ambassadeurs, Palais des Festivals et des Congrès

Chères Cannoises, chers Cannois,
vous tous chers amis,
Laissez-moi vous dire combien je suis heureux de vous accueillir aujourd’hui et de vous souhaiter la bienvenue dans ce salon des Ambassadeurs du Palais des Festivals à l’occasion de la traditionnelle cérémonie des vœux du Conseil municipal aux Cannois.
Je vous remercie d’être venus, cette année encore, aussi nombreux partager ce moment toujours privilégié d’amitié, de joie, de fraternité et finalement d’espoir.
I / 2008 : une année de rupture contrastée
2008 est déjà derrière nous et chacun en garde certainement des souvenirs particuliers, tant dans sa vie personnelle que dans la vie collective de notre cité, de notre pays et du monde.
Images de ces instants de joie, d’amour partagé, de réussite, mais aussi parfois d’épreuve, de solitude et de souffrance désormais gravées dans nos mémoires. Je pense tout particulièrement en cet instant à tous ceux qui ont connu l’immense bonheur d’accueillir un enfant dans leur foyer : 1 494 nouveaux nés ont vu le jour en 2008, soit près de 130 de plus qu’en 2007. Je pense aussi à ceux qui ont concrétisé le projet de vivre ensemble, qui se sont dit oui en s’engageant dans la grande aventure de la vie commune : ainsi 313 mariages ont été célébrés l’année dernière, c’est 15 de plus qu’en 2007. Je pense enfin à celles et ceux qui nous ont quittés, à ces 1 277 Cannois qui ont fermé les yeux autour de nous, et je pense aussi à leurs familles éprouvées par le deuil…
Les premières statistiques de l’état civil montrent qu’en 2008, les naissances et les mariages ont été plus nombreux que l’année précédente tandis que les divorces et les décès, eux, ont diminué. Et lorsque que l’on évoque l’avenir, parfois avec une certaine crainte ou un certain pessimisme, je veux voir dans la situation de Cannes l’expression du renouveau, d’une certaine espérance. Tous ces événements appartiennent en effet à la grande marche de l’histoire de notre ville, et de façon solidaire nous avons tous à nous réjouir de ce qui fait la joie et le bonheur de nos concitoyens tout comme nous devons nous montrer solidaires et compatir à leur détresse quand elle survient.
C’est ainsi que je conçois depuis toujours la relation entre nous, la relation entre Cannois de tous les quartiers et de toutes conditions. C’est ainsi aussi que nous pouvons espérer vivre le bonheur, en s’engageant parce que, comme le dit le photographe Yann Arthus Bertrand, s’engager c’est accéder au bonheur. Et je veux saluer toutes celles et tous ceux qui, parmi vous, s’engagent et oeuvrent dans le cadre d’une action associative ou par leurs gestes individuels, à renforcer ce lien fraternel et solidaire, ce lien familial finalement, entre Cannois.
A une autre échelle, celle de la nation, 2008 laissera dans l’esprit français la conviction du retour de la France dans les affaires du monde, une France actrice et non plus seulement spectatrice de son destin, une France enfin réconciliée avec l’audace politique et diplomatique, une France à nouveau disposée à tenir les premiers rôles sur la scène internationale où se jouent actuellement, nous le voyons chaque jour, de grands drames et certainement l’avenir de la planète. La présidence française de l’Union Européenne et les initiatives du chef de l’Etat ont permis de redonner de la voix à la France, de lui redonner une influence indiscutable dans la gestion des crises et des conflits. Et nous mesurons aujourd’hui encore, à travers la médiation entreprise par Nicolas Sarkozy au Proche Orient, la crédibilité retrouvée et le poids de notre pays dans le destin collectif des nations.
Enfin, à l’échelle du monde, 2008 restera une année aux aspirations contradictoires, allant du soulagement qu’a suscité la libération d’Ingrid Bétancourt à l’inquiétude des effets de la crise financière devenue économique et sociale ; allant aussi de l’élection historique du nouveau président américain pour laquelle nous avons vu l’intérêt et l’espoir au sein même de notre communauté nationale, au drame qui s’est déroulé en Géorgie et celui qui sévit actuellement en terre sainte. Face à tant de tumulte, les dernières élections municipales, les Jeux Olympiques en Chine et le mérite de nos sportifs nous paraissent bien lointains… et pourtant ils ont fait aussi 2008.
II / 2009 : une année différente qui force à affronter la vérité avec lucidité
Aujourd’hui, alors que nos regards se tournent vers l’horizon incertain de l’année nouvelle chargée, comme chaque fois, de promesses et d’espoirs, il est bien évident que les vœux que nous échangeons depuis le 1er janvier, ces vœux que nous formons les uns pour les autres, pour nous-mêmes, pour Cannes, la France et pour le monde, n’ont pas la même résonnance que dans le passé.
Nous sentons tous que 2009 sera une année différente. Une année difficile, admettons-le, une année à surmonter. Dans son message aux Français, le président de la République ne l’a pas caché. Le changement de calendrier ne change hélas pas tout. Il n’empêchera pas les événements déclenchés en 2008 de se prolonger en 2009. Voilà pourquoi les vœux que nous formons n’ont rien de traditionnel, rien de conventionnel mais se heurtent aujourd’hui plus que jamais à la réalité du monde, à la réalité de notre société en pleine mutation. Cette réalité, cette vérité, nous devons l’affronter avec lucidité, sans avoir peur. N’ayons pas peur. N’ayez pas peur, pour reprendre la formule célèbre de Jean Paul II.
Au cours de mes permanences, de mes rencontres avec les Cannois dans la ville et lors des manifestations, certains m’ont demandé comment j’imagine les douze prochains mois. J’ai toujours répondu avec la même franchise, et peut-être aussi avec l’assurance que me donne le fait de connaître vraiment la situation réelle de la commune, loin de tous les fantasmes, que Cannes est sans doute mieux préparée que d’autres villes à affronter la crise actuelle, qu’elle est mieux armée.
Pourquoi ?
Parce que depuis maintenant huit ans, avec toute l’équipe municipale, passée et présente, nous avons pris les devants du changement, de l’adaptation au monde moderne, fortement concurrentiel. Nous avons lancé la Ville de Cannes dans une dynamique de projets, d’investissements, de réalisations, bref de prospérité. La prospérité est essentielle à la collectivité. C’est elle qui rend toute action publique possible. Sans prospérité, il ne peut y avoir de sécurité, il ne peut y avoir d’emplois, il ne peut y avoir de solidarité réellement efficace -j’y reviendrai dans quelques instants-, ni d’action en faveur des personnes âgées, de loisirs pour la jeunesse, d’équipements et de service publics dignes de ce nom en matière d’éducation, de formation ou encore de transports.
Créer de la richesse à Cannes, comme nous l’avons fait notamment avec David Lisnard dans les domaines du tourisme et des congrès, a donc permis de favoriser le marché de l’emploi, de trouver les recettes nécessaires pour construire des crèches, rénover les écoles de nos enfants, construire de nouveaux équipements publics et rénover les anciens, engager durablement le recul de la délinquance, embellir nos rues, nos places et nos quartiers, construire un hôpital neuf, soutenir l’action des associations, construire comme nulle part ailleurs dans le département des logements pour les actifs et des logements sociaux, favoriser le transport en commun des personnes âgées aux ressources modestes, renforcer l’action du Centre Communal d’Action Sociale auprès des plus démunis et des personnes isolées. Tout ceci, nous l’avons fait et nous le faisons encore, sans jamais recourir à l’augmentation des impôts depuis huit ans. Voilà la force de Cannes en cette période de crise.
Pour la France et pour le monde, je crois que la période qui vient est une occasion historique, une chance à saisir impérativement, de changer profondément notre conception de la société, du vivre ensemble, d’ailleurs tous les événements nous y incitent fortement, tous nous y obligent de façon pressante.
Si nous ratons cette échéance, si nous ne sommes pas capables d’actualiser notre idéal démocratique, social et économique aux réalités de notre temps, alors nous verrons plus tôt que nous ne le pensons se lever une insurrection contagieuse dans toute l’Europe et le monde où couvent déjà tant de foyers de tension et de violence. Voyez la Grèce et la révolte de sa jeunesse qui sonne comme un inquiétant signal venu de cette terre qui inspira notre civilisation occidentale. Voyez le désespoir des populations d’Afrique cherchant à échapper à l’enfer de la famine, de la soif, d’une terre incultivable parce que frappée par la sécheresse, tant de maux incalculables qui les poussent à l’exode clandestin, embarqués sur des navires de fortune à la recherche d’une vie possible. Voyez la montée des fondamentalismes, des intégrismes dits religieux, la folie du terrorisme qui gagne et frappe de plus en plus de régions de notre planète.
L’échéance est là. Elle est inéluctable. Nous n’avons pas d’autre choix que de répondre à la nécessité de bâtir ensemble une nouvelle société, un monde nouveau, une France nouvelle.
Et pour cela, il faut changer. Il faut adapter notre attitude et nos idées à la réalité. Il faut plus que jamais des convictions qui portent à agir. Il faut partout et pour tous de l’engagement.
Rien ne changera, si nous ne changeons pas nous-mêmes. Aucun monde nouveau ne germera, si nous ne le semons pas nous-mêmes. Aucune autre France ne sera possible, si nous ne prenons pas la peine de refonder notre nation, profondément. L’humanité a trop attendu. Nous avons tous trop attendu. Et nous sommes rattrapés aujourd’hui, aux quatre coins du monde, sur le plan économique, social, climatique et politique, par les effets de tant d’inconséquences.
Ce n’est pas être alarmiste que de voir et de dire la vérité telle qu’elle est, sans artifice. C’est au contraire être responsable, porter l’espoir, être résolu à combattre la fatalité, à surmonter les épreuves, à les vaincre avec volonté et audace, avec courage et abnégation, et j’ajouterai la qualité ultime si bien vantée par le Général de Gaulle, tant dans ses écrits que par son action : avec caractère, cette illustre vertu des temps difficiles.
La situation exige que nous nous adaptions de façon collective, mais aussi personnelle, à une nouvelle façon de vivre, de vivre les uns avec les autres, de vivre ensemble, à Cannes, en France, en Europe et dans le monde.
III / 2009 : le réveil de la fraternité républicaine
Au cœur de cette nouvelle société que nous appelons de tous nos vœux, au cœur de cette nouvelle société que nous devons bâtir ensemble, la solidarité sera le ciment de notre réussite commune. La solidarité, c’est quoi ? C’est un élément fondamental de notre identité française. C’est l’expression concrète d’un pan de notre République qu’est la fraternité. La solidarité, c’est faire vivre et vivre soi-même la fraternité dans les gestes du quotidien, dans nos engagements civiques et citoyens. C’est poser son regard sur l’autre, c’est lui tendre la main dont il a besoin pour avancer, c’est marcher à ses côtés, c’est vivre ensemble, c’est partager des émotions, des rires et des larmes. Je crois que la solidarité, c’est tout simplement être vivant, c’est sentir battre son cœur, c’est porter la vie en soi.
A deux, à plusieurs, on est toujours plus fort, plus efficace, plus solide dans les situations et face aux événements.
2009 nous appelle tous à la vraie solidarité, celle qui rend possible toutes les destinées et entreprises collectives, comme au siècle dernier l’épreuve de la guerre suscita des élans formidables d’entraide entre les Français ; des élans qui l’ont emporté sur l’individualisme, l’indifférence de l’autre et la lâcheté dont certains n’ont malheureusement pas su se défaire.
C’est de cette fraternité là dont notre Nation et le monde ont besoin aujourd’hui pour relever l’humanité toute entière de son chaos et lui offrir un nouvel avenir, un horizon nouveau.
IV / 2009 : l’année qui mettra à l’épreuve notre solidité
Nous avons tous conscience, et cela suscite parfois de la crainte, de l’appréhension, que 2009 va éprouver notre solidité. Certainement, plus que jamais, il nous faudra être solide au cours des douze prochains mois, solides et solidaires ; solidaires pour rester solides. Car l’un ne va pas sans l’autre.
La solidité c’est avant tout la compétence qui s’obtient bien sûr par le travail, l’expérience et la méthodologie avec laquelle nous agissons et nous vivons.
La solidité c’est aussi ce qui nous permet de garder notre sang froid, qui nous tient bien éloignés de la rumeur et de la polémique stériles.
La solidité, c’est encore cette force qui nous pousse à faire, à agir, à bâtir, à construire, malgré les difficultés et les obstacles, à aller de l’avant, encore et toujours.
La solidité, c’est enfin la récolte de ce qui a été semé, les acquis qui vous permettent de maintenir le mouvement concret lorsque tout semble pourtant suspendu dans le vide.
Je le dis avec toute la conviction du chef d’entreprise qui a déjà connu des crises sur le marché de son activité professionnelle, je le dis avec toute la conviction du maire qui connaît et maîtrise la situation financière de sa commune : Cannes est solide !, et bien gérée. Elle possède un capital d’actifs qui nous met à l’abri de toute catastrophe, ce capital nous l’avons gagné avec audace et courage aussi.
Périclès disait qu’il n’y a pas de liberté sans courage, de la même manière, je vous assure qu’il n’est aucune solidité sans courage.
Nous sommes solides lorsque nous nous recentrons sur l’essentiel, que nous travaillons avec honnêteté et intégrité, que nous entreprenons pour le bien commun. Nous sommes solides lorsque nous sommes capables de prendre le recul nécessaire à l’analyse et à la compréhension des événements, que nous avons confiance en nous, en notre intelligence d’homme, en notre capacité à changer les choses, à les faire évoluer et à évoluer avec elles. Nous sommes solides lorsque nous savons faire preuve d’imagination, d’idées nouvelles, que nous osons innover.
Des hommes et des femmes solides, profondément habités jusqu’à la transcendance par un idéal, l’histoire en a croisé, l’histoire en a révélé, en politique, dans la vie civile ou militaire, comme en religion : souvenez-vous des Clémenceau, de Gaulle, de Lattre de Tassigny, Leclerc, Moulin ; souvenez-vous des Gandhi, Martin Luther King, Abbé Pierre, Mère Thérésa, Sœur Emmanuelle, toutes ces voix qui ont résonné à une époque et ont su traverser le brouhaha du monde jusqu’à réveiller les consciences et souvent changer le cours des événements.
Ils avaient tous ce surplus de vie, cette flamme intérieure qui illuminait leur regard, les fit épouser leur temps, l’humanité, l’Histoire. Relisons leur parcours, relisons leur témoignage, nous trouverons en chacun de leurs engagements la même force, la même volonté, la même foi en l’homme et en sa capacité à changer, à devenir meilleur, à s’élever, à construire un monde plus juste, plus solidaire, où chacun peut avoir sa place, où chacun doit être reconnu et respecté dans sa dignité d’être humain.
Au-delà de leur tombeau, leur exemple nous oblige à nous engager et à agir pour qu’advienne ce monde meilleur. En cela encore 2009 sera une année déterminante, une année décisive, c’est aussi ce qui va la rendre passionnante. Difficile certes, mais passionnante.
V / 2009 : l’année du surplus de vie
Je crois en notre capacité collective à porter ce monde nouveau, ce monde dont nous avons besoin. Ce monde qui ne peut plus être celui d’hier. Charge à nous, à chacun de nous, de le faire naître, de le faire grandir, de l’élever sur des bases nouvelles. Certains ont raillé le propos de Nicolas Sarkozy lorsque, bien avant la crise, il évoquait l’idée d’une nouvelle civilisation. Et bien nous y sommes, voici venue l’impérieuse nécessité d’une nouvelle civilisation. L’actualité rend le propos du Président de la République plus que jamais lucide et opportun. C’est en effet une nouvelle société que nous devons bâtir ensemble, une nouvelle France dans un monde nouveau, un monde plus juste, un monde plus solidaire, un monde réconcilié avec lui-même et les peuples qui l’habitent, ces peuples qui ont tous et partout la même légitimité à vivre, à vivre en paix et en sécurité.
Oui, il est venu le moment, elle sonne l’heure de bâtir ensemble un monde pour tous.
Que 2009 nous en donne plus que la volonté, le courage, l’audace, la sagesse, la force, et d’une certaine manière la foi. Que la nouvelle année nous accorde ce surplus de vie nécessaire pour engager notre vie et notre action dans un dynamisme rigoureux face aux grands défis sociaux, économiques et aussi climatiques qui s’imposent à nous. Que ce surplus de vie nous donne une certaine capacité au bonheur et à la paix que tant d’hommes, de femmes et d’enfants réclament désespérément.
Chères Cannoises, chers Cannois,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,
Au nom du Conseil municipal ici présent, au nom de l’ensemble des fonctionnaires de la Ville de Cannes, en mon nom personnel, avec mon épouse, et du fond du cœur, je vous adresse nos vœux les plus sincères de bonne et heureuse année. Que 2009 vous garde en bonne santé, dans la paix et l’affection de vos proches, qu’elle vous assure le succès et la réussite de toutes vos entreprises.
Soyons positifs, car sinon rien ne peut se faire. Il n’est pas d’action possible sans optimisme. Le pessimisme, c’est l’immobilisme. Et il n’est d’optimisme que de volonté.
La nouvelle société ne sera pas un enfer. Les moyens dont nous avons besoin, c’est nous.
Engageons-nous tous ensemble en 2009 et, ensemble, soyons les combattants du quotidien. Engageons nous et au bout du chemin, croyez moi, nous goûterons le bonheur.
Vive 2009 !
Vive Cannes !
Vive la France !
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